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CultureGnum est un site de la chaîne vidéo d'humanités et de culture générale (Fondation Maison des sciences de l'homme) qui propose des vidéos de conférenciers (filmés en gros plan), de durée 35 à 55 minutes à qui iI est demandé de choisir un sujet pas trop spécialisé et de le traiter de manière pas trop général.

La véritable histoire de la Belle Époque

52min33

La véritable histoire de la Belle Époque, par Dominique Kalifa, professeur d'histoire comtemporaine, Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne, Institut Universitaire de France, Centre d'histoire du XIXe siècle.

Dominique Kalifa propose, dans son ouvrage, de
faire l’histoire de l’expression ‘La Belle Époque’, et de l’imaginaire
rétrospectif qu’elle véhicule. La vulgate couramment admise est que cette
expression a été forgée après les horreurs de la Première Guerre mondiale (et
généralement cette même vulgate ajoute : « et cette Belle Époque ne
le fut pas pour tous »…). C‘est un peu plus compliqué que cela : sans
remettre en question ce fait de langage,
il s’agit d’élucider le contenu de l’expression, ainsi que son apparition.

On appelle chrononyme
le nom ainsi donné à une période de temps : ‘Belle Époque’, ‘Années
Folles’ (années 1920), ’Trente Glorieuses’ (mais aussi ‘Moyen-Âge’ ou ‘Ancien
Régime’) en sont des archétypes. Attachons-nous donc à ce chrononyme-là. Quand
finirait-elle ? Là-dessus, tout le monde est d’accord : 1914 et le
début de la Grande Guerre. Et quand commence-t-elle (rétrospectivement bien
sûr) ? Les avis sont là plus partagés : 1889, avec la Tour Eiffel et
le centenaire de la Révolution ? 1894 ou 1898, avec les étapes importantes
de l’Affaire Dreyfus ? 1900, la « grande » Exposition
Universelle (avec plus de 50 millions de visiteurs) ? 1901, la première
année du siècle ? Ou 1896, année que les économistes voient comme entamant
un cycle de forte croissance (de 3 à 5% l’an – et la prospérité économique est
un attribut de l’époque) ?

La dater précisément est bien sûr illusoire puisque,
nous l’avons dit, ‘Belle Époque’ est une catégorie rétrospective, parfois
teintée de nostalgie bergsonienne ou proustienne. Les contemporains n’ont pas
nommé leur temps, à l’exception de quelques lettrés qui parlent de « Fin
de siècle ». Et même dans les années 1920, personne n’utilise le
chrononyme : on parle d’avant-guerre,
et Léon Daudet évoque assez logiquement l’entre-deux-guerres,
dès 1915. L’époque des années 1920 veut s’amuser, avec le fox-trot, le
charleston, Valentino : pourquoi chercherait-elle à avoir un regard
rétrospectif sur la période qui a amené au désastre de la guerre ? Une
exception toutefois avec la chanson réaliste, qui était nostalgique : mais
c’est un genre qui l’était déjà en 1900, en 1880 !

Un premier indice dans l’enquête historiographique
vient avec la publication (1931) de l’essai de Paul Morand (1888-1976), 1900, où il critique violemment le début
de siècle, notamment sur le plan de l’art « 1900 », de la littérature.
Même de manière critique, c’est sans doute la première fois où l’on identifie
la période par ses traits culturels (art, mais aussi politique : du dreyfusisme
à la loi de 1905), avec un premier chrononyme : 1900. C’est d’ailleurs en réaction à cet ouvrage et cette critique
de Paul Morand que naît une première exaltation de la période.

Dans les arts du spectacle, La Dame de chez Maxim’s (pièce de Feydeau de 1899…) fait son
apparition au cinéma avec Alexandre Korda en 1932. En littérature, si un Arsène Lupin de Maurice Leblanc en 1925
ne diffère guère d’un Arsène Lupin de
1912, plusieurs auteurs commencent à concevoir des cycles romanesques liés à
une période donnée, notamment le début de siècle : Aragon, Georges Duhamel
(les Pasquier), Jules Romains, Roger
Martin du Gard (les Thibault). Jean
Cocteau, quant à lui, parle en 1935 d’un rideau qui tombe en 1914. Si tout ceci
apparaît à ce moment, c’est aussi parce que les années 1930 rejouent la même
période : une période d’inquiétude, qui renvoie au précédent avant-guerre,
soudain projeté à nouveau dans l’histoire…


Mais c’est sous l’Occupation, à partir d’octobre 1940,
que la chrononymie se systématise, avec l’émission récurrente à succès de la
radio allemande Radio-Paris (dépendant du Propaganda
Abteilung) : émission présentée par André Alléhaut en début de soirée,
Ah ! la Belle Époque !. (sous
titre : Croquis musical de l’année
1900). Pour la première fois, on a une claire identification à l’époque
concernée, avec ses morceaux de musiques, ses modes vestimentaires. L’émission
est divertissante, habilement menée (il s’agissait pour Radio-Paris de faire
autre chose que de la propagande, et de s’assurer ainsi une audience captive) ;
elle se prolonge au music-hall au Palace, et a un grand succès jusqu’à la
Libération.

La véritable « histoire de la Belle Époque »
commencerait là : avant c’était préhistoire ou proto-histoire…. Pourquoi
le mythe trouve-t-il un terreau fertile à ce moment-là ? Radio-Paris, la
radio allemande, a besoin d’amuser les Français. Et le théâtre a besoin
d’amuser les soldats allemands, en poste ou en permission à Paris (Paris était
un haut lieu de permissions pour les soldats de l’Est) : quoi de mieux pour
cela que les p’tites femmes du Paris de la Belle Époque, les frous-frous et les
maris dans le placard ? Ceci cadrait aussi avec le projet nazi du Reich
millénaire, où la France avait le rôle à la fois de grenier agricole et de
havre du luxe (articles de Paris, parfums, etc.), parfaitement adapté à cette
mise en exergue de la Belle Époque…

L’époque de l’Occupation était aussi une époque
« rétro », puisque la circulation automobile avait considérablement
diminué ; des fiacres étaient réapparus, comme ceux circulant quarante ans
auparavant…



On aurait pu penser que « la Belle Époque » fût
congédiée à la Libération, car si complaisamment mise en scène sous l’Occupation,
mise en scène par ailleurs si décalée avec les horreurs de la Guerre. Il n’en
fut rien, et bien au contraire la période 1945-1960 fut l’apothéose de la
référence à la Belle Époque ! On compte 60 longs métrages français sur le
sujet ; et dès 1948 un film d’archives de Nicole Vedrès (1911-1965), Paris 1900, raconte la vie d’avant 1914
avec 700 documents d’archives… Le film est présenté au Festival de Cannes en
1947 et reçoit le prix Louis-Delluc la même année. Viennent à paraître aussi
des mémoires tardifs de témoins de la Belle Époque, comme plusieurs ouvrages
d’André Billy (1882-1971).


Un autre phénomène est à noter : celui du succès qui
éclate alors des peintres cubistes de toutes origines (comme Picasso), actifs à
Paris dans les années 1900-1910. Ils eurent tendance, et la presse avec eux, à
« réhabiliter » leur histoire, et donc cette période des années 1910
où ils étaient des peintres « maudits » – c’est ainsi que la (re)connaissance
de la Belle Époque se poursuit…

On peut aussi penser que la Belle Époque continue à
jouer son rôle de mythe nostalgique, dans une France en déclin (malgré la fin
de la Guerre), où l’empire colonial est contesté, où Paris a perdu au profit de
New York son rôle de capitale culturelle mondiale (celui des années 1910,
justement), où l’inquiétude subsiste sur la pérennité de la paix (guerre de
Corée, Guerre froide,…). On a besoin de la Belle Époque pour se réconforter, à
nouveau…



Dans les années 1960-1970, la France se modernise. La
Belle Époque n’est plus à la mode. Ou plutôt d’autres « Belles
Époques », c’est-à-dire la même période mais figurant d’autres acteurs que
les femmes et hommes du grand monde parisien : des acteurs comme les
anarchistes, les féministes des années 1880, faisant eux-mêmes écho aux luttes
de la période (Mai 68). Ainsi redécouvre-t-on un auteur comme Georges Darien
(1862-1921), critique contemporain de sa … « Belle Époque », dans son
ouvrage La Belle France (1898). L’imaginaire
des années 1900 se reconfigure provisoirement ainsi.


Dans les années 1980, un phénomène notable est celui
de l’explosion des collections de cartes postales anciennes, apparaissant dans
toutes les brocantes, les marchands, sorties des greniers… Justement ces mêmes
cartes postales qui avaient commencé d’être commercialisées à la Belle Époque.
On recense aussi une centaine d’ouvrages de type géographique (Rouen, Arcachon,
etc. à la Belle Époque), mobilisant ces cartes postales autour d’un texte plus
ou moins étoffé. Ainsi l’image de la Belle Époque quitte-t-elle, là encore, les
milieux mondains parisiens, de manière différente : elle se diffracte
géographiquement, dans quasi tous les villes et villages de France ( « la
Belle Époque près de chez nous »), et partant se démocratise (ce n’est
plus Boni de Castellane à Paris, mais « mon grand-père et sa carriole à la
Belle Époque »).





Dernier point géo-historiographique : l’usage
international du mot. Il est couramment employé en italien, à partir des années
1950 (dans son expression française bien sûr : ex. Milano Belle Époque), et sans doute pour les mêmes raisons qu’en
France à la même période. C’est aussi une catégorie académique (avec des
ouvrages comme Dalla « belle
époque » al fascismo), encore active de nos jours.

Signalons aussi, en anglais, un usage (toujours en
français bien sûr) lié à la mode, sous l’impulsion de Diana Vreeland
(1903-1989, directrice du Harper’s Bazaar
puis de Vogue) et de l’exposition
qu’elle organise sur la Belle Époque au MET en 1982. Mais l’acception se limite
dans ce cas à un label accordé à une mode vestimentaire et picturale (arts de
type décoratif).

En français, l’expression reste vivace et clairement
identifiée à la période concernée ; notons cependant un emploi parfois
équivalent des Années Folles pour désigner la période d’avant 1914 : c’est
une confusion (puisque les Années Folles désignent plutôt les années 1920), due
sans doute au fait que les deux périodes dégagent un parfum nostalgique de
gaîté et d’insouciance.



Voilà où nous en sommes, à ce jour, sur
l’historiographie de la Belle Époque, ce chrononyme se prêtant particulièrement
bien à pareille recherche : celle-ci n’est pas terminée, d’autres éléments
peuvent être retrouvés, apportant un éclairage nouveau. C’est le travail de
l’historien d’améliorer et de reconsidérer ses catégories, et dans ce cas
d’éclairer une époque (pas forcément la sienne : une époque antérieure)
par la perception qu’elle en a d’une autre (plus antérieure encore).




(Résumé
de l'intervention vidéo cultureGnum de
Dominique Kalifa réalisé par Alexandre Moatti, avril 2018)

Les Trente Glorieuses, 1945-1975

Régis BOULAT

1h11min03

Les Trente Glorieuses, 1945-1975, par Régis Boulat, Maître de conférences à l'Université de Haute-Alsace.

De
1946 à 1975, la France connaît une croissance annuelle d’environ 5% l’an ;
ces années de convergence (modulée, nous l’allons voir) avec la croissance et
le mode de vie américains sont marquées par une modification radicale de la
ville et des campagnes, du rapport à la consommation, des rapports sociaux et
familiaux, de la démographie. C’est l’expert et économiste Jean Fourastié
(1907-1990) qui invente le chrononyme de « Trente Glorieuses » (sur
le modèle, assez lointain dans le temps et dans la portée, des Trois Glorieuses
de juillet 1830), dans son ouvrage de 1979 – alors que déjà l’âge d’or s’est
éloigné aux yeux de tous : « Ne doit-on pas dire glorieuses les 30
années […] qui ont fait passer la France de la vie végétative traditionnelle au
niveau de vie aujourd’hui contemporain ? »


Un
premier bémol est à poser quant au début de la période : l’embellie ne
démarre qu’au milieu des années 1950, il serait plus juste de parler de
« Vingt Glorieuses » : le rationnement alimentaire subsiste
jusqu’en 1949, et en 1954, en pleine crise du logement, l‘Abbé Pierre lance son
fameux appel. L’état du pays au sortir de la
guerre n’était guère brillant. Si les pertes humaines sont moins importantes
pendant la Seconde Guerre mondiale que la Première, il n’en est pas de même des
dommages matériels : 1 million d’immeubles détruits, un réseau ferré en
grande partie inutilisable, de graves pénuries d’électricité et d’énergie en
général, les productions industrielle et agricole au plus bas. Face à l’ampleur
de la situation, les pouvoirs publics mettent en œuvre un dirigisme accru (qui
était apparu après 1918, mais va croître) : selon les mots de P.
Rosanvallon, « l’économie cesse d’être considérée comme un donné, pour être
appréhendée comme un construit » – la croissance, le pouvoir d’achat ne
sont plus des résultats et des soldes, mais deviennent des objectifs. Il s’agit
aussi de mettre en place une démocratie sociale (« l’État-providence »):
création de la Sécurité Sociale (1945), du SMIG salaire minimum
interprofessionnel garanti (1950).

Le
dirigisme se traduit aussi par l’apparition de la planification, avec le Commissariat
du Plan (1946), confié à Jean Monnet. Ce « Club des Optimistes » rassemble
des experts comme Paul Delouvrier, le polytechnicien Alfred Sauvy, et bien sûr
Jean Fourastié. Ce dernier s’est distingué comme expert en matière d’assurances,
ainsi qu’en matière de comptabilité nationale. En 1945, son ‘Que
sais-je ?’, consacré à L’Économie
française dans le monde, consacre la notion de productivité comme mesure du
« progrès » ; à la suite de son voyage aux USA (non touchés par
les dommages, et en course vers l’abondance), Fourastié popularise les notions
de l’économiste Colin Clark (1905-1989), sur les secteurs primaire, secondaire,
tertiaire.

Les
années 1944-1947 ne se traduisent pas, comme on l’a dit, par un
« redécollage » des pays européens : au contraire, les pénuries
perdurent, les importations creusent les balances des paiements et mettent en
danger les équilibres des monnaies ; ce qui amène les USA à intervenir,
pour préserver cet équilibre. L’European
Recovery Program (rapidement désigné Plan Marshall, et constitué à 80% de subventions) est lancé, courant
de 1948 à 1952. L’OECE (Organisation européenne de coopération économique) est
créée en avril 1948 par les Européens pour coordonner ce plan, et éviter les
discussions bilatérales entre chaque pays et les USA. 12 milliards de dollars
percolent sur l’Europe, au bénéfice du Royaume-Uni (25%), de la France (21%),
de l’Italie (12%). L’objectif des Américains est à la fois économique (rétablir
un grand marché de consommation, éviter des déflations abruptes) et politique
(contrer la menace soviétique en Europe de l’Ouest). La France est l’objet
d’une attention particulière, à cause du poids de son syndicalisme (CGT) mais
aussi à cause d’une certaine vision « malthusienne » du patronat familial
français (l’entreprise est plus un objet de patrimoine que de croissance, comme
le décrit le jeune historien américain David Landes en 1949).

Enfin,
autre point caractéristique de la période : la démographie, avec le fameux
baby-boom. Le taux de fécondité dépasse 2,6% sur les trente années
concernées : la population française augmente de 13 millions d’habitants
de 1946 à 1976. Avec un niveau d’éducation qui augmente : le taux de
scolarisation à 18 ans passe de 17% en 1957 à 54% en 1975.


Mais
qui était Fourastié, comme archétype de ces « modernisateurs
planificateurs » ? C’est d’abord un expert (par exemple : membre
de la délégation française à l’OECE) ; mais c’est aussi un vulgarisateur –
il inaugure le genre de l’essai économique à destination du grand public (avec
son ouvrage Le Grand Espoir du xxe
siècle. Progrès technique, progrès économique, progrès social, PUF, 1949).
Dans le ‘Que sais-je ?’ Les Arts
ménagers (1950), co-écrit avec sa femme, il vante la productivité en cours
du travail domestique, et les possibilités d’épanouissement intellectuel et
culturel que cet accroissement procure. Expert, vulgarisateur : Fourastié
est aussi enseignant, à SciencesPo, à l’ENA, à l’EPHE, et
succède en 1964 à François Divisia à la chaire d’Économie et statistique
industrielle du CNAM, où il dispense depuis 1941 un cours d’histoire économique
des assurances. Dans ces différents postes, il contribue à former les
« élites » de la nation, en leur faisant valoir l’importance de la
notion de productivité. Notion très en vogue mais aussi très polysémique, qui
devient quasi synonyme de croissance,
et quasi-même un état d’esprit.


Poursuivons
suite à l’immédiat après-guerre. Les années 1950 voient une forte croissance de
la sidérurgie et du bâtiment (construction de logements nouveaux), ainsi que du
secteur agricole (le nombre de tracteurs triple entre 1950 et 1957), sachant
que la productivité agricole libère de la main d’œuvre pour les autres
secteurs. Un ouvrage (H. Mendras, La Fin
des paysans, 1967), au titre provocateur, décrit les augmentations de
taille des exploitations, la mécanisation (fondée sur l’endettement…) ; le
monde agricole passe de 7 millions d’actifs en 1945 à 2 millions en 1975. Quant
aux années 1960, elles voient une augmentation de la croissance, qui atteint
d’autres secteurs ; s’y amorce toutefois une forme de désindustrialisation
(textile, mines, sidérurgie), qui passe inaperçue compte tenu de l’expansion d‘autres
secteurs, demandeurs de main d’œuvre.

Diverses
mutations sociales ont lieu : la multiplication des emplois ouvriers non
qualifiés (OS, notamment : femmes, immigrés), mais aussi, corrélativement,
celle des emplois ouvriers qualifiés, permettant de parler d’une
« nouvelle classe ouvrière », qui se rapproche de la classe moyenne
et se fond dans une société de consommation indifférenciée. Apparaît aussi,
avec l’augmentation du tertiaire (35% en 1946, 50% en 1975), l’essor des
cadres : la catégorie « cadres et agents de maîtrise » passe de
75 000 p. en 1955 à 255 000 en 1975.

La
construction bat son plein, avec le déficit de logements (manquent 4 millions
de logements en 1946), et la demande créée par l’exode rural, les rapatriés,
puis l’immigration. Les grands ensembles, qui apparaissent aujourd’hui comme un
modèle de développement catastrophique, ne sont pas perçus ainsi à
l’époque : ils permettent une amélioration très sensible de la salubrité,
avec eau courante, toilettes dans l’appartement, chauffage central (en 1954,
86% des logements étaient sans douche ni baignoire).

La
hausse des revenus pour de nombreuses catégories de population fait entrer la
France dans la société de consommation (ce que moquent à l’époque la chanson
La Complainte du Progrès, de B. Vian,
1956, « Un frigidaire | Un joli scooter | Un atomixer », ou le roman
de G. Perec, Les Choses, 1965).
Ainsi, la part des dépenses strictement alimentaires dans le budget des ménages
chute-t-elle de 40% en 1954 à 25% en 1974. C’est aussi l’appareil de
distribution qui se transforme complètement, dans une inspiration à nouveau états-unienne
: en 1949 E. Leclerc crée son premier magasin discount à Landernau, en 1963 les
familles Defforey et Fournier (Carrefour) ouvrent le plus grand hypermarché à
Sainte-Geneviève-des-Bois (Seine-et-Oise). Cette découverte de l’abondance va
de pair avec un endettement croisant (essor des sociétés de crédit comme
Sofinco, créé par la Fédération de l’ameublement en 1951, ou Cetelem, Crédit à
l’équipement électroménager, créé en 1953), ainsi qu’avec une bancarisation de
la population (en 1972, 66% des ménages possèdent un compte bancaire, contre
18% en 1966).

La
mutation culturelle va se faire progressivement dans la période. Malgré la
croissance et l’abondance, les valeurs de la première partie de la période
étaient héritées de la IIIe République (endurance, prévoyance,
tempérance) ; elles font place progressivement à celles de la société de
consommation, dans un tournant qu’on peut dater vers 1965 (et qui explosera
lors du mouvement de Mai 68). Hors les critiques déjà mentionnées (Vian,
Perec), citons le cinéaste Jacque Tati, qui dans ses films décrit un humanisme
villageois bien français, face à l’envahissement de la bureaucratie et de la
modernité. Aussi, à une critique marxiste du modèle, s’ajoute une critique en
provenance des chrétiens de gauche : ainsi c’est J.-M. Domenach qui
invente, dans la revue Esprit, le
terme « société de consommation », repris en 1971 par le sociologue
Jean Baudrillard.


Finalement,
le « miracle » de ces plutôt 20 Glorieuses (1955-1975) prend fin au
milieu des années 1970, avec le premier choc pétrolier et la fin du système de
change fixe, hérité de Bretton Woods (1944), système qui favorisait la
croissance en limitant la concurrence entre pays. Pour les Européens au milieu
des années 1970, ce sont à la fois le coût de l’énergie et celui du dollar qui
vont augmenter.

Rappelons
aussi que certains historiens contemporains (Une Autre Histoire des Trente Glorieuses, La Découverte, 2013) ont
analysé à raison la période comme étant d’une empreinte environnementale
majeure (pétrole, automobile, construction, etc.). Elle correspondit à une
véritable « pétrolisation » de l’économie, avec la pollution (air,
eau) y afférant, et l’envolée des déchets, aussi bien domestiques
qu’industriels (déchets plus toxiques, moins biodégradables – le nucléaire
faisant partie de ces derniers).





(Résumé
de l'intervention vidéo cultureGnum de Régis
Boulat
réalisé par Alexandre Moatti, mai 2018)

Histoire de l'Internet

Valérie SCHAFER

57min48

Histoire de l'Internet
Partie 1 : les reseaux de données dans les années 70
Partie 2 : l'enfance numérique de la France dans les années 80

Partie 3 : la toile dans les années 1990

Martin Luther et la Réforme

Pierre-Olivier LÉCHOT

55min41

par Pierre-Olivier Léchot, professeur d'histoire moderne à l'Institut protestant de théologie (Paris).

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Les lundis de la mer

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La Maison de la Mer à Lorient développe des actions de diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle maritime. Une fois par mois, la Maison de la Mer propose un rendez-vous au public (Les lundis de la mer) pour débattre avec des chercheurs ou des experts de questions relatives à la pêche maritime, à l’industrie navale et au littoral.

La Bretagne et la mer à l’horizon 2040

1h36min46

Projetons-nous en 2040 : la Bretagne sera-t-elle devenue une vitrine pour le déploiement des énergies marines ? Quels seront les choix faits face à l’élévation du niveau marin ? Comment auront évolué les techniques de pêche ? Comment la Bretagne se sera-t-elle positionnée dans le système portuaire international ? La mer intègrera-t-elle les programmes scolaires ? Comment auront évolué les écosystèmes marins et côtiers ?
Explorer l’avenir pour susciter le débat autour des enjeux maritimes et littoraux pour la Bretagne, voilà le défi relevé par le Conseil économique, social et environnemental régional de Bretagne dans cette étude ! A travers quatre scénarios, récits imagés de la Bretagne maritime en 2040, le CESER présente les évolutions possibles en termes de gestion des écosystèmes marins et côtiers, d’aménagement et de dynamiques territoriales, d’éducation à la mer, de développement économique : scénario Health-sea, scénario Tran-sea-tion, scénario Sea-Licon Valley et scénario Sea-curité.
Le rapport à la mer de la Bretagne évoluera d’ici 2040, c’est une certitude, d’autant que les mutations sont nombreuses dans tous les domaines. Si dans certains scénarios, le phénomène est subi, il existe aussi des futurs où la « transition maritime » de la Bretagne répond à un projet partagé, durable et souhaitable pour tous. En mettant en lumière les différentes trajectoires possibles, ce rapport vise à éclairer les décisions à prendre dès aujourd’hui pour faire de la mer un pilier du développement durable de la Bretagne et de sa cohésion sociale et territoriale.
Étude du CESER de Bretagne, présentée par l’un de ses rapporteurs, Antoine DOSDAT.

Regard croisé sur la gestion du thon rouge : d’une Convention internationale aux pratiques locales

1h12min09

Suite aux pressions des ONG et aux recommandations des biologistes, le thon rouge (Thunnus thynnus) de l’Atlantique Est et de Méditerranée a fait l’objet, à partir de 2007, d’un Plan de reconstitution par la Commission Internationale de Conservation des Thonidés de l’Atlantique (désignée par le sigle anglais : ICCAT). 
Cette recommandation en a fait l’une des activités halieutiques les plus contrôlées au monde et a eu pour conséquence de restreindre l’accès à cette ressource à seulement quelques pêcheurs. Sept ans plus tard, les résultats des évaluations scientifiques ont conclu à une hausse de la biomasse. La Commission internationale de l’ICCAT a alors décidé d’augmenter le niveau de capture autorisé. 
L’analyse ethnographique menée à Palamós (Espagne), Sète (France) et Catane (Italie), ainsi qu'au sein d’une Convention internationale de gestion des pêches, a permis de recueillir les changements apportés par cette politique sur les pratiques des pêcheurs à la petite pêche. Les trois études de cas se rejoignent sur les principes de gestion internationaux. Elles diffèrent cependant sur l’importance culturelle locale de cette pêche et sur la répartition des quotas au niveau des juridictions nationales. De ces différents aspects nous montrerons, in fine, comment cette politique a contribué à reconfigurer la structure sociale et politique du groupe de pêcheur.

Par Nastassia REYES, docteure en anthropologie de l’environnement, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) – Musée de l’Homme, UMR 7206 Ecoanthropologie et ethnobiologie. Correspondante pour la Direction des relations européennes et internationales du MNHN.

Les algues, sources de molécules santé ?

1h35min58

Algues brunes ou rouges
Dessous la vague bougent

Que goémons
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons
Que l'on prend, que l'on jette
Comme la mer rejette
Elle avait la langueur
Et le goût et l'odeur
Les goémons

Au-delà des poèmes, des algues échouées sur nos côtes, des makis dans les restaurants, les algues marines foisonnent d’éléments rares oligo-éléments, acides aminés, fibres, protéines, vitamines…
Les algues sont très utilisées dans la médecine chinoise depuis des millénaires. Par leur grande diversité biologique, elles constituent une source de nouveaux principes actifs intéressants dans les secteurs agro-alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques. Plus de 15.000 composés originaux ont été chimiquement déterminés. Les produits dérivés des macroalgues ont ainsi une large gamme d’activités biologiques, antibactérienne, antifongique, antivirale, anticoagulante, antitumorale, antimalariale, anthelminthique, anti-inflammatoire, antiprotozoaire… Par ailleurs, la valeur nutritionnelle des algues est exceptionnelle et elles possèdent un goût raffiné. La consommation régulière des algues contribue donc à maintenir une bonne santé et à prévenir une foule d’affections. Un drôle de légume à découvrir !
Par Nathalie BOURGOUGNON, professeure d’Université, directrice du Laboratoire de Biotechnologie et Chimie Marines (LBCM), Université Bretagne Sud.

L’exploration des volcans des abysses

1h48min45

Les océans couvrent 70 % de la terre et leur profondeur moyenne est de 3 700 m. Les grands fonds (> 500 m) représentent 64 % de la surface terrestre. Ce domaine, difficilement accessible, reste largement inexploré et méconnu. Les abysses ont toujours fasciné les hommes et recèlent une part de mystère. Les progrès technologiques, couplés à la découverte de la tectonique des plaques, ont permis, depuis seulement quelques dizaines d’années, de mener des explorations scientifiques dans les grands fonds. Les découvertes et surprises sont  nombreuses, en particulier, sur les rides volcaniques sous-marines qui représentent la structure géologique continue la plus importante de la terre. La conférence se focalise sur l’exploration de ces dorsales volcaniques et des sources chaudes associées, en présentant les moyens d’accès, les stratégies d’exploration et les résultats de campagnes récentes.
Par Yves FOUQUET, chercheur, Unité Géosciences, Laboratoire géochimie, Ifremer Brest.

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Une sélection de conférences et de captations diffusées récemment par Canal-U, la vidéothèque numérique de l’enseignement supérieur et de la recherche, sur des sujets très variés.

Vous pouvez le dire en français ! Avec le numérique, participez à l'enrichissement de la langue française

Frédéric Vitoux

03min17

Chaque année, 200 à 300 termes et définitions, destinés à combler les lacunes du vocabulaire dans toutes les disciplines, sont publiés au Journal officiel. Chercheurs et enseignants, qui sont parfois les premiers confrontés à l'apparition de notions nouvelles - en anglais le plus souvent -, peuvent participer à l'enrichissement de la langue française. (Voir l'article complet sur Sup-numérique)

Le monde en mouvement

43min48

Cette communication a été prononcée dans
le cadre du festival "Migrations et climat", qui s'est tenu à Caen du
18 au 20 avril 2018. Le festival était organisé par les Décaentés,
l'association des étudiants en développement durable de SciencesPo
Rennes (Antenne de Caen) avec le soutien de la MRSH et du cinéma Le café des images.

"Les
bouleversements du climat vont obliger 250 millions de personnes à
s’exiler d’ici 2050 selon l’ONU. Un enjeu humanitaire et géopolitique
majeur, qui nous amène à réfléchir à des réponses citoyennes locales.
Face à ces prévisions alarmantes, nous avons décidé de participer à
l’éveil des consciences par la création d’un festival de films
documentaires et conférences qui explore le lien entre migrations et
changement climatique. Le festival porte sur la question des migrations
actuelles et à venir."
Catherine de Wenden est docteur en science politique de Sciences Po. Elle a été consultante pour divers organismes dont l’OCDE, la Commission européenne, le HCR, le Conseil de l’Europe. Depuis 2002, elle préside le Comité de recherche "Migrations" de l'Association internationale de sociologie. Elle est membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité entre 2003 et 2011. Elle est également membre du comité de rédaction des revues Hommes et migrations, Migrations société et Esprit. Juriste et politiste elle a mené de nombreuses enquêtes de terrain sur les relations entre les migrations et la politique en France. Ses recherches comparatives portent sur les flux, les politiques migratoires et la citoyenneté en Europe et dans le monde.

Les déplacés environnementaux sont surtout des migrations
sud-sud, internes dans les pays concernés et sans aucun statut à ce
jour. le risque e voir déferler des déplacés environnementaux est
donc surtout pour les pays voisins des crises environnementales,plus
que pour des régions comme l'Europe, car ces déplacés ne vont pas
loin et sot souvent attachés  aux éléments naturels qui sont leur
milieu de vie et de travail soudain affectés par la crise (terre,
mer).

Les origines médiévales de la pensée économique

Sylvain PIRON

56min41

Si l’économie politique émerge comme une discipline autonome à la fin du
XVIIIe siècle, puis se constitue en science au cours du siècle suivant,
le réseau de concepts et de questions sur lesquels elle repose a des
origines bien plus anciennes. De façon très nette, un certain nombre de
mots émergent en Occident au XIe-XIIe siècles dans les pratiques
sociales et marchandes, puis sont pris comme objet de réflexion par les
juristes et théologiens du XIIIe siècle : valeur, industrie, capital,
risque, etc. Or, ces termes sont demeurés des notions cruciales de la
pensée économique jusqu’à aujourd’hui. Un retour sur leur moment
d’émergence et sur les premières analyses auxquels il ont donné lieu
permettra de comprendre l’intérêt que présente la pensée économique
médiévale. Par effet de contraste, celle-ci peut contribuer à mettre en
évidence les impensés et les impasses de la science économique
actuelle.

Le harcèlement scolaire

Nicole Catheline

1h12min52

Tous les matins, Léo, onze ans, part pour l’école avec la boule au
ventre. Ses notes baissent. Il dort mal. Depuis six mois, ses camarades
l’humilient. Il est victime de harcèlement.
Moqueries, brimades,
coups, racket, insultes ou photos compromettantes postées sur les
réseaux sociaux… Le harcèlement scolaire, longtemps nié ou considéré
comme un rite de passage, se révèle pourtant lourd de conséquences.
Combien d’adolescents ont cru ne trouver d’autre échappatoire que dans
le suicide ? Combien d’enfants le « jeu du foulard » a-t-il tué ?
Dans
la cour de récréation comme sur Internet, le phénomène a pris une
ampleur inquiétante. Dysfonctionnement du groupe, climat scolaire
détérioré, intolérance, défaut d’empathie : les causes en sont
multiples. Mais le docteur Catheline entend réaffirmer qu’il n’est pas
une fatalité et fournit ici des clés essentielles pour sortir de cette
spirale infernale.

Entretien avec Rémi Sinthon

09min08

Comment décrire la place de chacun dans une société ? Comment rendre compte de la position sociale atteinte par un individu, par une famille ou par un groupe ?

Rémi Sinthon dresse un bilan critique de la façon dont la sociologie a abordé jusqu'à présent les questions de stratification et de mobilité sociales. Il décèle une série d'impensés récurrents de la discipline et suggère en conséquence d'abandonner la notion même de mobilité sociale. Inspiré par les travaux de Pierre Bourdieu, il opte pour une analyse radicalement différente qui met au premier plan l'investissement et la reconversion des capitaux.

Collection En temps & lieux • ISBN 978-2-7132-2731-8

Mai 2018 • 24 €

Le Millésime 2017 des vins de Bordeaux

Axel MARCHAL

2h20min13

Axel Marchal et Laurence Geny, de l'Institut des Sciences de la Vigne et du Vin de l'Université de
Bordeaux, présentent le Millésime 2017 et proposent, avec Valérie Lavigne et Christophe Ollivier, une dégustation d'une sélection de
vins de Bordeaux : St Estèphe, Margaux, St Emilion, Pomerol, Sauternes...


2017 : un millésime difficile, lié aux aléas climatiques et notamment aux épisodes de gel fin avril qui ont engendrés une grande hétérogénéité au sein des parcelles. Si la qualité des rouges est contrastée, celle des blancs liquoreux reste bonne et celle des blancs secs remarquable.


Conférence bilingue français-anglais

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